Fabrication et restauration d'instruments


Je joue depuis maintenant depuis une trentaine d'années et me consacre à leur fabrication depuis plus de 15 ans.
Il y a une telle diversité tant au niveau de la forme et des essences de bois que j'ai beaucoup hésité avant de sélectionner les différents instruments que je présente ici, ils sont pour moi les plus beaux et les plus emblématiques. J'ai réalisé tous ces modèles. Pour beaucoup ce sont des répliques d'instruments anciens mais aussi des créations.
C'est pour cela que j'ai préféré déposer auprès de l' I.N.P.I plusieurs modèles d'incrustations mais aussi de formes de clefs, elles possèdent un copyright France. Afin d'éviter tout problèmes et autres désagréments, il est préférable de me faire une demande préalable par écrit pour quelque utilisation que ce soit, cela s'applique aussi aux photos présentées sur mon site.
Merci de votre compréhension.

Je reste proche dans mon travail du mode artisanal, je n'utilise ni copieur de forme ni tour numérique. Je ne disposait parfois que d'une simple photo ou d'un dessin. Chaque pièce est ajustée à la main, chaque instrument est unique. Ils sont tous garantis à vie : la mienne.

Je travaille pour le compte de l'association "Ah Zhur " "oui certainement en Breton", je travaille presque exclusivement sur commande.
J'ai réalisé des modèles d'instruments disparus. Je ne disposais parfois que d'une simple photo, ou un dessin, voire un seul morceau de l'instrument. Je travaille aussi pour certains collectionneurs étrangers.
Je suis aussi, très souvent sollicité par certains antiquaires ou des sonneurs pour des réparations. On m'envoie parfois l'instrument en plusieurs morceaux, parfois aussi avec des pièces manquantes ou des clefs cassées. . .
On peut admettre que certains cas sont souvent désespérés . . .
Je peux dire aussi que certaines réparations sont extrêmes . . .
Après un travail long, minutieux et difficile, j'arrive à des résultats remarquables . . .
J'ai aussi réalisé des travaux de restaurations d'instruments anciens pour des musées .
Je fournis également certains bagad en lombardes ou bombardes. Des sonneurs exigeants comme Michel Sohier, Laurent Bigot ou Bruno le Rouzic m'ont fait confiance pour la réalisation de leurs instruments.

Rencontre avec le musicien

Mais ce que j'aime avant tout, c'est rencontrer le musicien qui m'a sollicité pour la réalisation d'un instrument, je suis à l'écoute de ses attentes, je veux comprendre le sonneur, bien ressentir et deviner ses souhaits, je ne juge pas mais ça m'arrive de le guider dans ses choix.
Chaque contact est passionnant et enrichissant, il y a en premier lieu la découverte du sonneur mais il y a la rencontre humaine qu'elle occasionne et c'est parfois pour moi le plus important. Je fait aussi du "sur-mesure", je lui créé "son" instrument. On regarde des plans, des photos, on essaye différents modèles que j'ai fabriqué, des parfaites répliques de vieux instruments. J'adore les défis, comme le fait de réaliser des incrustations très fines ou une forme qui n'a jamais été réalisé jusqu'alors, j'aime aussi l'innovation.

Réalisations

En ce qui concerne mes réalisations : je me suis inspiré des modèles d'instruments anciens, j'ai étudié les perces et retrouvé certaines techniques utilisées à l'époque, re-fabriqué les alésoirs ou copié ceux des anciens facteurs de l'époque. J'ai voulu donner à mes instruments un caractère, tant au niveau esthétique qu'au niveau du son, j'ai aussi trouvé une technique très efficace pour faciliter l'octave . . .
Le plus difficile mis à part les techniques d'incrustation, a été de comprendre et surtout de percer le secret (si il y en a un ! ), retrouver les particularités de chaque bombarde, de chaque bourdon ou lévriad, tournés il y a pour certain d'entre au début du 18ème . Etudier les modèles originaux et en faire une réplique parfaite c'est relativement facile. . . Mais réussir à faire une bombarde ou un biniou qui sonne c'est bien autre chose . . . J’ai eu la chance de relever les mesures sur des instruments mythiques comme la bombarde de Auguste Salaün de Bannalec, la bombarde de Léon Bihan de Carhaix . . .

Techniques utilisées


Le bois

Le bois n'est jamais étuvé ou séché artificiellement, je le laisse se stabiliser: je laisse le temps au temps . . . 15 à 20 ans de séchage sont nécessaires pour les buis et minimum 5 ans pour les carrelets d'ébène . . .
Les bois que j'utilise ont des propriétés mécaniques, sonores et de résonances idéales. J'utilise en grande majorité, de l’ébène du Mozambique qui est en fait un palissandre. Ce n’est pas un véritable ébène. L’appellation scientifique est Dalbergia Melanoxylon. C’est un bois qui pousse en forêt entre la Tanzanie et le Mozambique, en Afrique du sud. J'utilise aussi du buis, c’est un bois très capricieux, on y trouve beaucoup de défauts mais le son qu'il donne est bien approprié pour les instruments graves comme la bombarde en sol, en fa ou les hautbois . . .



La bombarde de "LE GUENNEC LE BOUC"

Il y a encore quelques sonneurs passionnés mais surtout des irréductibles à sonner sur des répliques, mais je les mets en garde. Les instruments en non tempéré ou modes musicaux particuliers si on ne "possède pas la tradition", si on n'a pas compris leur fonctionnement, il manque l'essentiel, si il n'y a pas la ponctuation, la musique que l'on créé n'a pas d’accent et il en faut si non c'est inefficace. Il faut très précisément avoir une bonne maîtrise si on veut jouer du non tempéré, je crois qu'il faut être un peu "brut de terroir" pour cela . . . . Des facteurs anciens les plus réputés il y avait bien sûr Jean-Pierre Jacob de Lanester ou son homologue Le Chenadec, mais dans le pays bigouden il y avait également quelques excellents fabricant de binious et bombardes . . .
Le Berre de Pont l'Abbé, menuisier tournait à l'occasion quelques instruments.
Jean Douirin de Plozévet, menuisier ébéniste de métier, était aussi bon sonneur ; inventif et créatif, ses instruments étaient très réputés. Il nous a laissé de superbes réalisations véritables pièces de musée. J'ai hérité de Douirin, un petit crochet en fer forgé qui lui servait à percer les pommes de bourdons, ces outils nous donnent là une preuve de l'ingéniosité du facteur. Plus près de nous il y avait Yann Corentin ar Gall de Pont-l'abbé, menuisier de métier Yann à commencé dans les années 80 à tourner des instruments dans l'esprit de ces lointains ancêtres. Il nous a également laissé de véritables chefs d'oeuvres, il était aussi sonneur réputé. Je l'ai très bien connu et j'ai eu également le plaisir de sonner avec lui. Il était intarissable sur l'histoire des sonneurs et du terroir musical bigouden. Yann était un maillon incontournable de la musique bigoudène, il n'enseignait pas, il transmettait son savoir . . . . Il est parti bien trop tôt.

Il y a actuellement un phénomène auquel on est confrontés !
Et que je trouve important d'aborder ici : vouloir jouer de plus en plus aigu. Quelle est cette nouvelle mode? D’où vient ce nouvel "esthétique musical" ? Il ne faut pas perdre de vue que le fait de changer les paramètres importants lors de la fabrication d'instrument de quelque type qu'il soit, comme la longueur du corps, la disposition des perçages, implique une confrontation avec les lois de la physique instrumentale. Ainsi, on peut façonner mais jamais contraindre. . .

L'anche

Il y a un autre détail qui celui là est tout aussi important . . . L’anche
On ne peut pas toucher aux paramètres de l'instrument sans effectuer aussi d'importantes corrections sur l'anche.
En effet, il est impossible avec un instrument diapasonné au "la 445" de jouer avec une anche mise au point et parfaitement calibrée pour un "la 440" !, même en raccourcissant le tube car là on change une côte très importante.
Si on le fait, il faudrait alors procéder à toute une multitude de rectifications . . . réduire les lamelles dans leur largeur, car comme celles d'origine ne conviennent plus, il faut alors diminuer ses côtés, donc risque important de fuite d'air, ensuite redescendre la gratte et là ce n'est plus une histoire de sonneur bricoleur, mais de spécialiste...

La fabrication des anches de hautbois m'a considérablement aidé à comprendre beaucoup de choses et surtout les paramètres concernant l'émission du son, savoir les utiliser et bien les exploiter. J'ai compris rapidement qu'il ne suffit pas de souffler dans l'instrument et attendre un résultat. Jouer avec une anche très dure n'est absolument pas un critère de valeur ! On peut avoir une anche très facile à jouer et obtenir avec elle un volume sonore très important, jouer sur l'intensité, mais aussi influencer une partie du spectre harmonique. Les anciens sonneurs avaient très bien compris cela et surtout bien maîtrisé !
Il faut aussi comprendre que le son se façonne avant que la note ne soit émise, il suffit de "la penser". J'ai fait un énorme travail de recherche sur les anches. J'ai eu la chance d'avoir des modèles faits par quelques anciens sonneurs . . . Auguste Salaün, Yves Boissel, Yann Kerloc'h , plus quelques tubes . . . Cela m'a aiguillé et mis sur de bonnes pistes pour comprendre les musiciens de l'époque . . . Leur anches étaient faites avec les matériaux qu'ils avaient à leur disposition : des lamelles de buis, de l'écorce de ronce, de la corne et, pour le bourdon, de la paille ou du sureau...

Le cuivret

Le cuivret (tube) était fait avec un bout de fer de boîte ou tuyau en cuivre, voire du laiton récupéré sur des douilles. Ils étaient roulés tant bien que mal, et certains modèles ont des formes très particulières. La ficelle en lin ou en coton, était passée dans de la poix ou de la résine pour l'étanchéité, le roseau était récupéré sur des cagettes ou sur des canisses . . .
Depuis maintenant 20 ans d'essais et de recherches (on en a jamais terminé!) ça commence à devenir intéressant ! Il y a des centaines de façons de faire, il suffit de trouver celle qui nous convient le mieux . . . Mais cela demande énormément de travail, de questionnement et d'essais.
Trouver les bonnes cotes du tube, les bonnes longueurs des lamelles, la bonne épaisseur de gougeage, la forme intérieur du tube et oui. . . le fil : coton, polyamide trois brins, quatre brins? Dans quelle couche du roseau dois-je travailler, le cambium, le liber ?
Les bons outils, en fabriquer soit même quand c'est nécessaire, l'affûtage des gouges . . .
Comprendre le principe de la mécanique des fluides expansion, compression.

Le hautbois

En plus de ma production de binious et bombardes, je réalise également des hautbois baroques, véritable réplique de modèles anciens comme le fameux "Delusse" ou autres "Stanesby", " Denner " .
J'ai réalisé mes hautbois à partir d'un plan de hautbois baroque du 18ème, je l'ai adapté au diapason moderne de 440 alors qu'autrefois il était plus grave; Je l'ai pourvu de clefs modernes, j'ai fabriqué mes propres tubes qui sont la base du son (pas de tubes adaptés = pas de son . . .) J' ai passé presque 10 années à mettre au point un modèle que je pense être idéal, du moins pour moi . . .

Justement à propos du hautbois . . .
L'origine est très ancienne car on trouve en Egypte des représentations sur les peintures tombales de Thutmosis IV (1400 - 1390 avant J.C.) et d'Aménophis II, 1390 - 1352 avant JC, à cette époque les Grecs et les Romains l'utilisaient aussi. Le hautbois était à l'origine un instrument populaire, il servait à faire danser le peuple.

Connu sous ses dimensions actuelles, vers le XVème siècle (avec seulement quelques clés) le haut-bois jouait dans les fanfares militaires, et les musiques de la cour à Paris et à Versailles (Hotteterre et Philidor) à partir des années 1650 et s'est développé considérablement vers 1675. Il avait pour mission de doubler les trompettes : la partition de feux d'artifices royaux de Haendel fut écrite pour 9 trompettes, 9 cors, 24 hautbois, 12 basson

Cambert introduisit le hautbois à l'opéra de Paris en 1671 dans la pastorale de Pomone. On a déjà fait allusion au fait que le nom de "hautbois" apparaît très tôt dans l'histoire. La plus ancienne mention connue en France est un édit de Louis XI (1423 - 1483) qui demandait à des hautbois et musettes de le divertir.

Il y eut aussi une partition écrite pour deux hautbois dans la messe solennelle d'Orazio Benevoli (1605 - 1672) lors de la consécration de la cathédrale de Salzbourg (24 sept. 1628). Mais il est difficile de dire avec précision quand le hautbois a été inventé, puisqu'on n'est même pas sûr de la forme de l'instrument que l'on désigne par ce nom. Le mot "hautbois" d'après Claude de Bouchaudon à la fin du XVème siècle  signifie "bois aigu" ou "bois sonore".

Quelques facteurs célèbres :
Nicolas Hotteterre Paris 1600
Jean-Christoph Denner Nüremberg 1678
Thomas Stanesby Londres 1691
Johan Heinrich Eichentopf Leipzig  1730
Gilles Lot Paris 1750 

Définition : du "piston" ou"pistõn":
Mécanisme de certains instruments de musique à vent grâce auquel on peut avoir tous les degrés de l'échelle chromatique ; cornet à pistons. Instrument de la famille des cuivres à embouchure. 

Définition du hautbois : Instrument de la famille des bois à perce conique et à anche double . On me pose très souvent la question, de savoir quelle est la différence entre un piston et mon hautbois . . .

Pour mettre fin aux fausses idées . . .
De corriger l'erreur, et enfin véhiculer l'information. Je l'ai toujours appelé de son vrai nom : hautbois ou hautbois baroque. J'aurais pu l'appeler Olluphone, tromblophone ou d'un autre nom fantaisiste Pourquoi en Bretagne et seulement là, les gens appellent-ils le hautbois baroque un piston ? On peut effectivement s'interroger et penser que depuis le XVème siècle l'information n'est pas parvenue jusqu'ici ! Pourquoi donner le nom d'un cuivre à un instrument à vent ? …
Marcel Ponseele, Paul Dombrecht, Pierre Pierlot, trois des meilleurs haut-boïstes mondiaux, ne l'ont jamais appelé autrement.. Et maintenant que le nombre de clefs ne cesse d'augmenter sur la bombarde (qui je le rappelle est quand même un hautbois à la base ! ), on va rapidement rencontrer des soucis avec les anches, l'équilibre main gauche-main droite, l'homogénéité du son, donc il faudra rallonger le corps, rajouter des clefs, et dans quelques temps on va retrouver le hautbois de concert à 32 notes à la clef ! . . . .